Méthodes · · 9 min de lecture

La méthode 4:6 de Tetsu Kasuya

Cinq versements égaux, deux réglages indépendants, un titre de champion du monde. La recette V60 qui remplace l'intuition par une formule.

Vingt grammes de café, trois cents grammes d'eau, cinq versements de soixante grammes à 0:00, 0:45, 1:30, 2:15 et 2:45, retrait du dripper à 3:30. Voilà la méthode 4:6 en entier. Ce qui suit explique pourquoi cette découpe existe, et surtout comment s'en servir pour corriger une tasse au lieu de la subir.

Tetsu Kasuya a remporté avec elle le World Brewers Cup 2016, devenant le premier champion du monde asiatique de la discipline. Elle porte ce nom parce que l'eau est divisée en deux blocs, 40 % puis 60 %, qui ne règlent pas la même chose.

Ce que la méthode 4:6 change vraiment

Dans une recette V60 classique, tout est couplé. Vous trouvez votre café trop acide, vous resserrez la mouture — et vous augmentez aussi la force. Vous le trouvez trop léger, vous allongez le temps de contact — et vous déplacez l'équilibre des goûts au passage. Chaque correction en déclenche une autre, et on tourne en rond.

Kasuya sépare ces deux problèmes en deux leviers distincts.

Les 40 % du début règlent l'équilibre entre acidité et douceur. Les 60 % de la fin règlent la force. Et l'un n'affecte pas l'autre.

C'est tout l'intérêt de la méthode, et c'est aussi ce qui la rend utile à quelqu'un qui débute : elle remplace le tâtonnement par deux boutons que l'on tourne séparément. Kasuya le dit lui-même, il a conçu la 4:6 pour que le résultat dépende de la formule plutôt que de l'expérience, de la technique ou de la chance.

La recette officielle

Méthode 4:6, la base
Ratio · 1:15, soit 20 g de café pour 300 g d'eau
Mouture · médium-grossière à grossière
Eau · douce, 30 à 50 mg/L de minéraux
Versements · 5 × 60 g
Temps total · 3 min 30

Le calcul mental tient en deux multiplications. Le poids du café × 3 donne le volume de chaque versement, × 5 donne le total d'eau. Pour 20 g de café : 60 g par versement, 300 g en tout. Pour 15 g : 45 g par versement, 225 g en tout. C'est la seule recette V60 que l'on peut refaire de tête dans une cuisine inconnue.

Le minutage
0:0060 g — premier versement des 40 % 0:4560 g — second versement des 40 % 1:3060 g — les 60 % commencent 2:1560 g 2:4560 g 3:30retrait du dripper

Notez le détail que la plupart des versions françaises recopient de travers : l'intervalle entre les quatrième et cinquième versements est de 30 secondes, pas de 45. Les quatre premiers tombent toutes les 45 secondes, le dernier arrive plus tôt.

La règle qui gouverne ce minutage est plus importante que les chiffres eux-mêmes : chaque versement se fait quand l'eau du précédent a presque fini de passer. Si votre lit de café draine plus vite ou plus lentement, c'est la mouture qu'il faut ajuster pour retomber sur ces horaires, pas les horaires qu'il faut adapter à votre mouture.

Pour une autre dose que 20 g, le calculateur de ratio V60 a un mode 4:6 qui sort les cinq versements et leurs poids cumulés.

Premier réglage : acidité ou douceur

Les deux premiers versements totalisent 120 g sur 300, soit les 40 %. C'est leur répartition entre eux qui déplace l'équilibre du goût, à total constant.

Régler les 40 % (120 g au total)
50 g puis 70 gplus doux, moins acide 60 g puis 60 géquilibré, le point de départ 70 g puis 50 gplus vif, acidité marquée

La règle se retient dans ce sens : un premier versement plus petit que le second donne une tasse plus douce, un premier versement plus grand donne une tasse plus vive. C'est la formulation de Philocoffea, la société de Kasuya, et je la précise parce qu'on la trouve régulièrement inversée dans les articles francophones.

En pratique, commencez toujours par 60/60. Ne bougez ce réglage que si la tasse vous paraît déséquilibrée, et d'un seul cran à la fois.

Second réglage : la force

Les 180 g restants ne changent pas l'équilibre acide/doux. Ils changent la concentration, et le levier n'est pas la quantité mais le nombre de fois où on la divise.

Régler les 60 % (180 g au total)
1 versement de 180 gle plus léger 2 versements de 90 gintermédiaire 3 versements de 60 gle plus dense, recommandé par Kasuya

Chaque nouveau versement relance l'agitation et remet le lit de café en contact avec de l'eau fraîche, donc extrait davantage. Plus on fractionne, plus la tasse est concentrée.

Un conseil de Kasuya que personne ne reprend et qui compte : avec une torréfaction foncée, commencez à deux versements plutôt que trois. Ces cafés donnent naturellement une tasse épaisse, et trois versements les rendent lourds.

La mouture et la température

La 4:6 demande une mouture plus grossière que la recette V60 standard. C'est logique : cinq versements étalés sur trois minutes trente allongent considérablement le temps de contact, et une mouture fine sur-extrairait.

Sur la température, Kasuya est plus précis que la recommandation générique des 92 à 94 °C, et il l'indexe sur la torréfaction.

Température selon la torréfaction
93 °Ctorréfaction claire 88 °Ctorréfaction médium 83 °Ctorréfaction foncée

Quatre-vingt-trois degrés paraît bas si l'on a l'habitude des consignes françaises. C'est volontaire : plus la torréfaction est poussée, plus les composés amers se libèrent facilement, donc plus il faut baisser. Et n'utilisez jamais une eau qui vient de bouillir, elle est trop chaude et apporte de l'amertume.

Sur l'eau elle-même, Kasuya recommande une eau douce à 30-50 mg/L, ce qui est nettement plus bas que la fourchette habituelle du café filtre. C'est cohérent avec une méthode qui cherche la clarté plutôt que le corps, et le sujet mérite son propre détour : voir notre article sur l'eau et les minéraux en café filtre.

Un mot enfin sur le dripper Kasuya, une version du V60 dont les nervures du bas ont été supprimées pour ralentir l'écoulement. Il existe parce qu'une mouture grossière peut donner une tasse trop mince, et que freiner le débit compense. Il est utile, il n'est pas nécessaire : un V60 ordinaire fait très bien la 4:6.

Ce que la méthode ne démontre pas

Un point d'honnêteté, parce qu'il est rarement soulevé dans les articles francophones. Le protocole est solide : il est reproductible, il donne des résultats constants, et il a gagné un championnat du monde. Le mécanisme invoqué pour expliquer pourquoi la répartition des deux premiers versements déplacerait l'axe acidité-douceur, lui, est discuté.

Des amateurs ont tenté de vérifier l'effet en aveugle sur les forums spécialisés, notamment sur r/Coffee, et les conclusions divergent. À ma connaissance, aucune mesure publiée ne l'établit clairement.

Ça ne disqualifie pas la méthode, et ça ne veut pas dire que l'effet n'existe pas. Ça veut dire qu'il faut la prendre pour ce qu'elle est : un cadre de réglage remarquablement bien conçu, qui vous donne deux variables à faire varier une par une au lieu de six emmêlées. C'est déjà énorme, et c'est vrai indépendamment de la physique sous-jacente.

Les erreurs les plus fréquentes

Garder sa mouture habituelle. C'est la première cause d'échec. Avec le réglage d'un V60 classique, cinq versements produisent une tasse amère et une extraction interminable.

Verser avant que le lit ait drainé. Les horaires supposent que l'eau du versement précédent est presque passée. Enchaîner trop vite noie le café et allonge la fin d'extraction.

Toucher aux deux réglages en même temps. Cela ruine précisément ce que la méthode apporte. Un paramètre, une tasse.

Utiliser une eau bouillante. Surtout sur une torréfaction foncée, où la consigne est 83 °C.

Les questions qui reviennent

C'est quoi la méthode 4:6 ?
Une recette V60 créée par Tetsu Kasuya, avec laquelle il a remporté le World Brewers Cup 2016. L'eau est divisée en deux blocs : les 40 % du début règlent l'équilibre entre acidité et douceur, les 60 % de la fin règlent la force, et les deux réglages sont indépendants. La base est 20 g de café pour 300 g d'eau, en cinq versements de 60 g.
Quelle est la recette exacte de la 4:6 ?
20 g de café moulu grossier pour 300 g d'eau, soit un ratio de 1:15, en cinq versements de 60 g à 0:00, 0:45, 1:30, 2:15 et 2:45, dripper retiré à 3:30. Le calcul se retient facilement : le poids du café multiplié par 3 donne le volume de chaque versement, multiplié par 5 donne le total d'eau.
Comment rendre le café plus doux avec la 4:6 ?
En faisant le premier versement plus petit que le second, à total constant : 50 g puis 70 g au lieu de 60 g et 60 g. À l'inverse, un premier versement plus grand que le second, 70 g puis 50 g, donne une tasse plus vive et plus acide. Cette règle est régulièrement présentée à l'envers dans les articles francophones ; le sens donné ici est celui de Philocoffea, la société de Tetsu Kasuya.
Comment rendre le café plus fort avec la 4:6 ?
En divisant les 60 % restants en davantage de versements. Un seul versement de 180 g donne la tasse la plus légère, deux versements de 90 g un résultat intermédiaire, trois versements de 60 g la tasse la plus dense. Kasuya recommande trois versements, sauf sur une torréfaction foncée où il conseille de commencer à deux.
Quelle mouture et quelle température pour la 4:6 ?
Une mouture médium-grossière à grossière, plus grossière que pour une recette V60 standard, parce que les cinq versements allongent beaucoup le temps de contact. Côté température, Kasuya l'indexe sur la torréfaction : environ 93 °C pour une torréfaction claire, 88 °C pour une médium et 83 °C pour une foncée. Il déconseille l'eau qui vient de bouillir, trop chaude et source d'amertume.
Faut-il le dripper Kasuya pour faire la 4:6 ?
Non. Le dripper Kasuya est une version du V60 dont les nervures du bas ont été supprimées pour ralentir l'écoulement, ce qui compense une mouture grossière et évite une tasse trop mince. C'est un confort, pas une condition : un V60 ordinaire fait très bien la méthode 4:6.

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