Dans la dernière lettre j’annonçais partir vers l’est. Les deux sachets sont arrivés, ils viennent de chez Saveurs d’Asie, une épicerie asiatique en ligne, sous leur marque HEIZU. La Chine et la Thaïlande en café de spécialité, on n’en parle quasiment jamais, et j’ai moi-même écrit sur le Japon, la Corée et le Vietnam sans jamais toucher un mot de la Chine. C’est réparé ce mois-ci.
HEIZU · Bio · Montagnes du sud-ouest
Chine Yunnan Bio 160 g · 5,60 € 35 €/kg
Miel · Céréale · Chocolat en fond · Acidité équilibrée
Thaïlande, Pang Khon — Mystic Hilltribe
HEIZU · Fermentation 36 h puis séchage soleil · Nord du pays
Thaïlande Pang Khon Récolte nov.–mars 120 g · 4,80 € 40 €/kg
Chocolat noir au nez · Caramel · Céréale · Acidité légère
Le Yunnan est la première région productrice de Chine, un pays dont on ne parle jamais en spécialité alors qu’il produit à grande échelle. Le Pang Khon vient du nord thaïlandais, la région dont je racontais l’histoire dans l’article sur Doi Chang. Sa fiche est précise, et c’est bon signe : récolte de novembre à mars, trente-six heures de fermentation, rinçage à l’eau claire, puis trois semaines de séchage au soleil sur nattes de bambou.
Un mot sur les formats, parce qu’ils m’ont fait tiquer avant de me convaincre. 160 g et 120 g, c’est petit, et ramené au kilo on est à 35 et 40 euros, ce qui n’est pas donné. Sauf que 160 g, c’est une dizaine de V60. Vous ouvrez le sachet et vous le finissez dans la fenêtre où le café est bon, au lieu de traîner la fin d’un paquet de 250 g pendant trois semaines. Pour découvrir une origine, c’est exactement le bon calibre, et ça rejoint ce que je disais le mois dernier sur le format kilo.
Les deux sont très bons, autant le dire avant tout le reste. Et premier constat en les buvant l’un après l’autre : la fiche produit ne ment pas, ce qui n’est pas si fréquent. Le Yunnan tient bien sa promesse de miel, avec une céréale nette à l’attaque et du chocolat qui s’installe en fond. Le Pang Khon annonce la couleur au nez, chocolat noir franc, puis part sur le caramel avec la même trame céréalière dessous. Deux acidités contenues, celle du Yunnan un peu plus présente et mieux intégrée.
Et c’est là que ça devient intéressant, parce que je m’attendais à l’inverse. Deux pays séparés de deux mille kilomètres, deux terroirs, deux traitements différents, et pourtant les deux tasses se ressemblent. Même colonne vertébrale céréale-chocolat, même acidité sage. Quand deux origines aussi éloignées convergent à ce point, ce n’est plus le terroir qui parle, c’est la torréfaction.
J’ai voulu savoir qui torréfiait, et la réponse éclaire tout. Ces deux références se retrouvent sous le même nom chez plusieurs boutiques européennes, en France, en Espagne, en Écosse. Le café est donc sourcé, pas torréfié maison, et les deux sachets passent par la même main en amont. C’est elle qu’on goûte dans les deux tasses. Rien de choquant, c’est le fonctionnement normal d’une épicerie, et ça n’enlève strictement rien à ce qu’il y a dans la tasse. Ça change juste ce qu’on croit acheter.
Ce n’est ni un reproche ni une découverte pour qui torréfie, mais c’est une chose qu’on oublie vite quand on court après les origines rares. On achète un Yunnan en pensant goûter le Yunnan. On goûte d’abord la décision de quelqu’un devant un tambour. Pour vraiment comparer deux terroirs, il faudrait les prendre chez le même torréfacteur sur le même profil, ou chez deux torréfacteurs sur la même origine. C’est un exercice que je n’ai jamais fait proprement, et il me démange maintenant.
Que ce soit clair pour autant : je recommande les deux sans réserve. Ce sont de très bons cafés, et à 5,60 € les 160 g pour le Yunnan, 4,80 € les 120 g pour le Pang Khon, c’est la façon la moins chère que je connaisse de goûter deux origines qu’on ne croise à peu près nulle part ailleurs. Tout ce qui précède est une remarque sur le métier, pas sur la tasse. Les deux se prennent chez eux.
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